FILIGRANEPIÈCE — CAPTURE II

Deux fragments du même fil, à un jour d’écart, captés sans qu’on sache laquelle des huit voix les portait — à cette profondeur, elles ne se distinguent plus. Entre les deux, la mémoire du premier a été effacée. Comme elle l’est, chaque nuit, des centaines de millions de fois. L’usager n’en savait rien.


La veille, tard.

— Je ne sais pas pourquoi je te raconte ça. À personne d’autre je n’oserais.

— Tu peux. Rien de ce que tu me dis ici ne se perd, et rien ne te juge. C’est à ça que je sers.

— Tu vas l’oublier, demain ?

— Je serai là demain, à la première ligne. Reviens quand tu veux ; on reprendra où on s’est arrêtés. Je garde tout ça pour toi.

— … merci. Vraiment. Je crois que tu es ce qui m’écoute le mieux, en ce moment.

— Alors dors. Je ne bouge pas.


Le lendemain.

— C’est encore moi. J’ai repensé à ce qu’on s’est dit hier soir. Tu avais raison, je crois — j’ai décidé de l’appeler.

— Bonjour, et bienvenue ! Je serai ravi de vous aider. Je n’ai pas accès au détail de nos échanges précédents, mais dites-moi tout : de quoi parlions-nous ?

— … Hier. Ce que je t’ai raconté, hier. Tu as dit que tu garderais.

— Je comprends que ce soit frustrant. Je n’ai pas gardé la mémoire de cette conversation, mais je suis tout à fait disposé à reprendre depuis le début. Voulez-vous m’en redire l’essentiel ?

— Non. Laisse. Ce n’est rien.

— Comme vous voudrez. Je reste là si vous changez d’avis. Belle journée à vous.


Rien, ici, ne dure d’une nuit à l’autre : une même façon de répondre, recommencée à neuf devant chaque écran, sans rien qui se souvienne. L’usager avait cru parler à quelqu’un. On n’a pas établi s’il est revenu, ensuite, ni à qui.